Cannabis aux États-Unis : le grand nettoyage réglementaire, et ce que ça change (vraiment) pour les entrepreneurs… y compris en Europe
- botafarmseedbank
- 12 déc. 2025
- 5 min de lecture
Depuis l’automne 2025, le fédéral américain envoie deux signaux qui, mis bout à bout, ressemblent à une stratégie de “reset” : d’un côté, une possible reclassification du cannabis vers une catégorie jugée moins restrictive ; de l’autre, une fermeture brutale de la “faille chanvre” qui a laissé prospérer des produits intoxicants vendus hors des circuits cannabis régulés. L’idée qui se dessine est simple : corriger les incohérences accumulées, assainir le marché, et repartir sur une base plus lisible pour les consommateurs, les autorités… et les entreprises.
Un possible passage du cannabis en Schedule III : énorme levier, mais pas garanti
Selon le Washington Post, Donald Trump envisagerait un ordre exécutif demandant aux agences fédérales d’avancer vers un reclassement du cannabis en “Schedule III” (au lieu de “Schedule I”). Le Post décrit aussi une scène politiquement très parlante : Trump aurait évoqué le sujet lors d’un échange avec le Speaker Mike Johnson, avec la présence au Bureau ovale de dirigeants de l’industrie et de responsables comme le secrétaire à la Santé Robert F. Kennedy Jr. et Mehmet Oz (CMS).
Point clé : rien n’est encore acté. Plusieurs médias rapportent que la Maison-Blanche a indiqué qu’aucune décision finale n’avait été prise à ce stade, ce qui signifie que le dossier peut encore bouger (ou se figer).
Pourquoi le Schedule III change la donne pour les opérateurs “régulés” ? Parce que l’un des bénéfices les plus concrets serait fiscal : l’IRS 280E, qui empêche une grande partie des déductions de charges pour les activités liées à des substances de Schedule I/II, ne s’appliquerait plus de la même façon si le cannabis passe en Schedule III. C’est un potentiel basculement de rentabilité, surtout pour les boîtes qui ont de gros frais fixes.
En parallèle : Washington “coupe la tête” de la zone grise chanvre et des cannabinoïdes de synthèse
L’autre mouvement est déjà beaucoup plus concret : une loi de dépenses signée mi-novembre 2025 contient une redéfinition du “hemp/chanvre” qui revient, dans les faits, à interdire au niveau fédéral la plupart des produits THC dérivés du chanvre (boissons, edibles, smokables, etc.) et à exclure les molécules “synthétiquement dérivées”. L’entrée en vigueur est annoncée pour novembre 2026, laissant une période de transition, mais le signal politique est net.
Ce point est essentiel pour comprendre la logique “nettoyer les erreurs du passé”. Pendant des années, la Farm Bill 2018 a permis une explosion de produits intoxicants commercialisés comme “chanvre légal” via des réseaux non-cannabis, parfois avec des règles de contrôle qualité et d’étiquetage très variables selon les États. Le fédéral semble maintenant vouloir refermer cette parenthèse et forcer un retour vers des standards plus stricts, en particulier sur les produits à effets psychoactifs.
Le sens politique des deux mesures : faire table rase, mais aussi reprendre la main
Vue de loin, la combinaison “Schedule III possible + crackdown chanvre” ressemble à un repositionnement : au lieu de laisser coexister un cannabis “illégal fédéral” et un THC “chanvre” vendu partout, Washington tente de remettre l’intoxicant dans une logique de cadre adulte, de surveillance et de traçabilité. Sur le papier, c’est une manière de dire : on arrête l’absurde, on clarifie.
Mais attention : ce “grand nettoyage” ne supprime pas la demande. Il la déplace. Si l’accès légal devient trop cher ou trop compliqué, une partie du marché peut basculer vers d’autres canaux. Certains observateurs notent aussi que l’application pratique pourrait être complexe (et parfois sous-dotée en ressources), ce qui peut recréer des zones grises à court terme.
Décryptage entrepreneurs : qui gagne, qui perd, et comment se positionner en 2026
Pour les entreprises cannabis déjà licenciées (MSO et opérateurs d’État), un Schedule III serait potentiellement une bouffée d’oxygène financière via la fin du “handicap 280E”, et un récit plus “mainstream” pour les partenaires (banques, assureurs, immobilier commercial, etc.). Même sans légalisation fédérale totale, la reclassification peut améliorer l’accès à la recherche, faire baisser certaines frictions réglementaires, et surtout libérer du cashflow qui était mangé par l’impôt.
Pour les marques “hemp THC” (boissons, gummies, vapes, fleurs THCA), la période actuelle est celle d’un pivot forcé. La fenêtre jusqu’à novembre 2026 est un délai pour réarchitecturer l’offre : soit basculer vers des gammes non-intoxicantes (CBD/CBG/etc. selon ce qui reste viable), soit trouver un chemin vers le cannabis régulé État par État (licensing, partenariats, acquisition de licences), soit se préparer à une bataille législative pour “réguler plutôt qu’interdire”. Plusieurs analyses juridiques et business encouragent déjà explicitement les acteurs du chanvre à nouer des relations avec des opérateurs licenciés, car c’est souvent le pont le plus réaliste vers la conformité et la continuité de marque.
Pour les entrepreneurs “hors US” qui veulent entrer sur le marché américain, 2026 devient un filtre : il faudra être plus carré que jamais sur la chaîne de conformité, la preuve de non-intoxication (si on est sur des produits chanvre), la stratégie d’États, et la résilience logistique (interstate commerce, e-commerce, distribution). En clair : moins de hacks, plus de structure.
Décryptage Europe : ce qui peut changer pour le marché européen, même si la loi est américaine
Même si ces décisions sont américaines, elles peuvent avoir des effets d’entraînement en Europe sur trois plans.
D’abord, sur la narration “cannabis = industrie régulée vs produits de synthèse/zone grise”. Quand les États-Unis resserrent la vis sur des produits intoxicants vendus comme “chanvre”, ça renforce en Europe l’argument des autorités qui veulent éviter un scénario similaire : des dérivés THC qui circulent vite, avant que les règles sanitaires et la protection des mineurs ne soient stabilisées. Autrement dit, le “reset” américain peut servir d’exemple, et pousser des régulateurs européens à fermer certaines zones grises plus tôt.
Ensuite, sur l’investissement et les partenariats. Si le cannabis passe en Schedule III, beaucoup d’acteurs US auront un meilleur profil financier (via l’allègement 280E) et pourraient accélérer des stratégies internationales : deals de marque, acquisitions, partenariats de distribution, ou investissements dans des filières européennes conformes (bien-être, cosmétique, chanvre industriel, ingrédients non-intoxicants). Inversement, si le chanvre intoxicant est cassé aux US, certains capitaux et talents de ce segment peuvent chercher un nouveau terrain… et regarder l’Europe. Ce n’est pas automatique, mais c’est un mouvement plausible.
Enfin, sur les standards de qualité. Quand un grand marché “reprend la main”, il impose souvent des exigences plus strictes (analyses, contaminants, traçabilité, étiquetage). Et ces standards finissent souvent par inspirer des pratiques ailleurs, surtout chez les marques premium qui veulent se distinguer. Pour une marque européenne qui vise l’international, 2026-2027 peut devenir le moment où “qualité prouvable” bat “marketing”.
Ce que Botafarm peut en tirer : une fenêtre pour le sérieux, pas pour la hype
Dans un contexte où Washington parle de reclassification et coupe l’herbe sous le pied des produits de synthèse / conversions opaques, les marques qui ont une identité “craft”, une culture du détail et une obsession de la propreté (au sens qualité/traçabilité/standard) ont un angle naturel : la crédibilité. Le marché va probablement récompenser davantage les acteurs capables d’expliquer clairement ce qu’ils font, comment ils le font, et pourquoi c’est plus sûr et plus cohérent que les shortcuts de la période “zone grise”.
La vraie question, maintenant, c’est le tempo. On a une fenêtre avant novembre 2026 où beaucoup d’entreprises vont devoir se repositionner. Et on a, en parallèle, une possibilité de Schedule III qui peut accélérer des deals et des restructurations très vite si ça se confirme. Dans ce genre de moment, les gagnants sont rarement ceux qui crient le plus fort ; ce sont ceux qui sont prêts, carrés, et capables d’avancer même quand les règles bougent.



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